Compte-Rendu – Conseil d’Administration d’Herakles du 1er décembre 2014

Le Conseil d’Administration d’Herakles était réuni ce 1/12/14, avec à son ordre du jour , l’autorisation à donner au PDG d’Herakles de transférer des apports d’Herakles vers Airbus/Safran Launcher Holding et SAS.

Le Secrétaire du CCE, Elu CGT, qui n’a pas le droit de vote, a lu la déclaration ci-après :

Déclaration du Secrétaire du CCE

Le projet industriel de rapprochement des activités lanceurs de SAFRAN et d’AIRBUS, mais également la réorganisation de l’ensemble du secteur touchant aux rôles des agences du CNES, ARIANESPACE et l’ESA interroge beaucoup le personnel et leurs représentants.

Il me semble nécessaire d’informer les membres du Conseil d’Administration d’HERAKLES que le Comité Central d’Entreprise d’HERAKLES a été consulté.

En premier lieu, les organisations syndicales CGT, CFDT et CFE/CGC ont motivés leur vote.

La CGT, premier syndicat d’HERAKLES et ayant une représentativité dans toutes les catégories socioprofessionnelles du personnel a émis un avis négatif, alors que le quatrième syndicat représentant également l’ensemble du personnel (CFDT) s’est abstenu. Quant ’au syndicat catégoriel CFE/CGC représentant une partie des Cadres et de l’Encadrement (3ème syndicat) a émis un avis positif. Il est à déplorer que le deuxième syndicat (SUD) de notre société n’est pas pris part au vote.

En deuxième lieu, les syndicats CGT, CFDT et CFE/CGC ont voté à l’unanimité une motion attirant l’attention de la direction générale d’HERAKLES autour de 3 points préoccupants (voir motion jointe).

Un élément important est à porter à la connaissance des membres de ce CA. La nouvelle organisation de la jeune société HERAKLES est loin d’être finalisée et elle traverse actuellement une période de forte désorganisation engendrant de nombreux retards et une non qualité jamais connus jusqu’à présent. De plus, le personnel ne s’est pas remis de l’accident mortel suite à l’explosion qui s’est produite dans l’établissement de Saint Médard et du suicide d’une salariée. Des risques psychosociaux sont palpables et l’annonce soudaine d’une nouvelle restructuration apeure les salariés, les mettant en situation de stress. Il est nécessaire que les responsables de ces nouveaux changements, les accomplissent à une vitesse adaptée et qu’ils soient humainement acceptables.

Ce rapprochement, constitué autour de la création d’une nouvelle entité juridique de type joint-venture entre Safran et Airbus, nous préoccupe sur plusieurs aspects :

  • Le mode de gouvernance de la future activité qui laisse peu ou pas de place au contrôle public,
  • La pérennité et le développement des emplois dans chaque site,
  • Les statuts des personnels,
  • Le maintien des équipes de travail et leur cohérence du fait du projet de découpage des activités existantes.

L’ambition proclamée pour ce projet est de répondre à la concurrence de la société nord-américaine Space X annonçant des coûts de lancements plus attractifs.

Plusieurs objections à ce projet :

La réalité des prix de lancements affichés reste d’une grande opacité avec des interventions étatiques sous couvert de la NASA et de l’Etat de Floride.

S’inscrire dans cette démarche, en reformatant le modèle européen de la conception, du pilotage, de la fabrication et du suivi pour le placer sous une domination privée, Safran-Airbus en l’occurrence, est un choix inadapté à longue échéance en termes d’innovation et de maitrise d’un accès à l’Espace européen. Des expériences dans le passé, comme Galileo, Gmes ou même A400M dans l’aéronautique, nous ont déjà démontré l’inefficacité industrielle et financière d’un tel modèle de développement. Des milliards d’euros ont été ainsi perdus et ont dû être compensés par de nouveaux fonds publics.

Le Secrétaire du CCE Elu CGT réaffirme, que le rôle des Etats dans l’ESA, mais aussi des Établissements Publics à Caractère Industriel et Commercial (EPIC) comme le CNES, ONERA, CNRS, CEA et également le DLR en Allemagne, sont déterminants pour posséder au sein de l’Europe une véritable politique spatiale indépendante répondant à ses besoins. Le dernier exploit avec le robot PHILAE et la sonde ROSETTA est la démonstration de cette efficacité. Sans ce modèle, cette conquête ouvrant des connaissances nouvelles pour toute l’humanité n’aurait pas été possible. Voilà où se situe l’enjeu central de la réorganisation dont il est question aujourd’hui. Avec le modèle proposé nous entrerons dans une autre ère du spatial qui grève cet esprit de conquête et de vision qui a prévalu jusqu’à présent.

Ce changement de modèle, demandé par les industriels, se réalise au cœur dun débat autour de nouveaux lanceurs pour répondre aux besoins proches et dont lenveloppe sélève à 8 Mds d’€. Mais Il est également très préoccupant de voir inclus dans le projet toute lactivité autour du missile stratégique nucléaire français (le M51). Il intéresse évidemment fortement les industriels, puisquil leur permet daccéder à un budget voté et «sanctuarisé» de 3Mds.

Dautre part, le projet de la nouvelle société se dessine dans un démantèlement dactivités, entre civil et militaire, entre lanceurs et satellites, aujourdhui fonctionnant en synergies et/ou en complémentarités. Elle porte en elle le danger dun affaiblissement de lensemble, à très court terme.

  • Le découpage d’activités comme celles des Thermo-structuraux, des Capteurs et de Structil pour HERAKLES, d’activités de diversification comme celle de Sécoya d’Airbus DS et la propulsion électrique de satellites de Snecma font entrevoir des difficultés d’avenir dans leurs domaines.

  • La fusion des établissements de Vernon et des Mureaux alarment le personnel. Des salariés seraient contraints de quitter leur circonscription et faire de nombreux kilomètres pour se rendre sur leur lieu de travail.

  • De même, la diminution des lignes managériales avec un degré hiérarchique qui pourrait passer de 5 à 3, contraindraient les salariés Cadres à être déplacés et reclassés dans le Groupe SAFRAN comme l’a exprimé Jean-Paul Herteman, lors du Bureau du Comité de Groupe du 5/11/2014.

  • Au niveau social, les effectifs connus de la future société sont de 8000 salariés. Les effectifs cibles sont inconnus à ce jour, mais la direction parle de diminution des effectifs avec pour 3 départs, il pourrait y avoir au mieux 1 embauche.

Les élus du CCE condamnent fortement cette attaque contre ceux et celles qui font la richesse de nos entreprises

Sur la question de l’avenir, la sortie des activités spatiales du giron des Groupes Airbus et Safran ne va-t-elle pas restreindre les financements de recherche et développement, nous contraignant à alimenter le présent avec Ariane 6 et ne pas pouvoir nous projeter dans le futur, comme c’est le cas à ce jour, permettant à notre industrie d’avoir de l’avance sur la concurrence et de rester compétitif en remportant plus de 50% des parts de marché.

La création d’une co-entreprise entre Airbus et Safran n’a aucune légitimité. L’absence totale d’un débat public sur l’ensemble de cette remise en cause de la politique spatiale européenne est un acte inqualifiable pour un gouvernement. Ce débat doit avoir lieu car il s’agit de l’intérêt général, d’un bien collectif acquis sur des dizaines d’années avec les investissements étatiques associés. Accepter ce montage c’est accepter un réel holdup sur le bien public. Il n’y a aucune fatalité à ce qui est proposé, cela répond seulement à des intérêts particuliers.

Quelques commentaires :

Le PDG Ph. Schleicher était absent et avait donné pouvoir à Hervé Austry Administrateur et Directeur Général Délégué d’Herakles. L’ensemble des membres du CA, y compris l’Elue CFE/CGC, a voté POUR le transfert d’apports ouvrant le processus d’une transformation profonde de notre industrie Spatiale et ceci sans aucun débat ! (L’Elu SUD n’a pas pris part au vote)

Les informations contenues dans la déclaration ci-dessus a attiré l’attention du représentant du Gouvernement qui a demandé à connaître dans le détail, les avis des Elus du CCE, les déclarations des organisations syndicales et la motion commune des Elus CGT-CFDT-CFE/CGC.

Il est fort à penser que l’aspect de diminution des effectifs, la désorganisation de la société engendrant des retards et de la non qualité ont été des arguments sensibles au Commissaire du Gouvernement.

A la question d’un des Administrateurs sur une étude des synergies industrielles et commerciales, le Directeur Général est resté très évasif. Est-ce que cette étude a été réellement faite ? Pour tenter de le savoir nous poserons la question lors du CCE du 4/12/2014 où la direction doit informer les Elus des décisions prises lors de l’interministérielle de l’Espace du jour.

Voir l’article de la tribune (il est important de remettre des avis dans les différentes instances): http://objectifaquitaine.latribune.fr/politique/2014-12-01/en-gironde-le-cce-d-herakles-defend-le-spatial-public.html

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